Entre énergie et méditation
A l’occasion de ses 33 ans, le contrebassiste Or Bareket livre son deuxième album intitulé « 33 ». Le répertoire restitue sa perception d’éléments de vie observés et vécus. Entre énergiques mouvements et profondes méditations, Or Bareket propose une musique à la fois énergique et élégante.
Après un premier album « ob1 » sorti en 2017, le contrebassiste Or Bareket revient avec son deuxième opus, « 33 » (Enja Yellow Bird/L’Autre Distribution) à sortir le 24 mai 2019. Il retrouve le fidèle guitariste Shachar Elnatan déjà présent sur « ob1 » le premier disque du leader. Il est rejoint par le batteur Daniel Dor et le pianiste Nitai Hershkovits qui a coproduit l’album « 33 » avec le leader.
Deux invités participent aussi à ce disque, la chanteuse chilienne Camila Meza et Eden Bareket, frère de leader et saxophoniste baryton.
Or Bareket
Né à Jérusalem et élevé entre Buenos-Aires et Tel-Aviv, Or Bareket est actuellement l’un des bassistes les plus demandés et les plus polyvalents de la scène jazz de New York, ville qu’il a rejointe en 2010.
A 16 ans son père lui a offert « Jaco Pastorius », le premier album du légendaire bassiste Jaco Pastorius qui ouvre avec Donna Lee où Jaco joue ce fameux thème avec Don Allias aux percussions. L’écoute de cet album, a orienté la vie du jeune Or Bareket qui a décidé de devenir bassiste.
Or Bareket a grandi entre plusieurs cultures et a ultérieurement développé une esthétique musicale cohérente et très personnelle. Il a puisé dans son héritage diversifié, dans le folklore de ses ancêtres (Tanger, Bagdad, Buenos-Aires et Europe de l’est), son étude approfondie du jazz et de la musique classique. Il s’est aussi nourri de l’influence de ses mentors, de ses pairs et des collaborateurs rencontrés au fil des ans.
Gagnant du 1er prix de la compétition de jazz de la Société internationale des Bassistes en 2011, Or Bareket poursuit une carrière où il a l’occasion de jouer, enregistrer et tourner avec un large éventail d’artistes partout dans le monde. Parmi ses nombreuses collaborations notables on peut citer entre autres musiciens, Ari Hoenig, Jean-Michel Pilc, Aaron Goldberg, Sam Yahel, Don Friedman, Eliot Zigmund, Billy Hart et Victor Lewis, Jacques Schwartz-Bart, Chris Potter, Yotam Silberstein, Eli Degibri, Gilad Hekselman et Leon Parker. En France on a pu l’écouter aux côtés de ce dernier et du pianiste Fred Nardin avec lequel il a enregistré ‘Opening » ‘2017) et « Look Ahead » (2019).
Or Bareket a appréhendé différents systèmes de pensée et en toute conscience de son passé, a construit et projeté sa musique comme une extension de son histoire familiale dont il s’est nourri.
L’album « 33 »
« Cet album est une méditation sur les cycles de vie, les transformations, la mort et (re) naissance d’idées, des relations et des gens… Ces mélodies et les rythmes sont nés comme des chants, comme des médicaments, une boussole, un point d’ancrage à une époque de changements radicaux dans ma vie : débuts et fins, douleur et extase, communion et isolement, aventure et mal du pays. » Or Bareket
Aujourd’hui enrichi de nombreuses rencontres musicales et après le décès de son père, Or Bareket signe un deuxième album sensible et fluide.
Le répertoire de dix titres réunit six compositions originales du leader, le classique argentin Zamba de Argamonte, Carmo Caprice du compositeur et joueur de bandolim Hamilton de Holanda et deux co-compositions que le contrebassiste signe avec le pianiste Nitai Hershkovits qu’il connait depuis 15 ans, bien avant de faire de la musique avec lui à Tel Aviv.
Au fil des plages musicales
Deux titres développent une dimension rythmique peu commune. Still Searching qui ouvre l’album avec une introduction grondante (contrebasse - batterie), une mélodie aux accents orientaux, une guitare radieuse et un piano enthousiaste. Reginia où la contrebasse au son de gembre dessine un motif africain sur une métrique en 9/4 qui évoque celle des gnaouas avant que les solistes n’improvisent sur un thème dont la structure d’accord reprend celle d’Airegin de Sonny Rollins. Les échanges torrides laissent pantois.
Deux ballades cultivent un climat éthéré. Le nostalgique W Shubert & Troy où claviers et guitare céleste tressent un climat paradisiaque évocateur des ambiances chères à Pat Metheny. Feb.1st convie à un voyage méditatif sur les accords stratosphériques du synthé Optigan et la sonorité cristalline de la guitare.
Deux duos se distinguent par leur climat intime et délicat. La sonorité profonde de la contrebasse soutient la voix fragile et tendre de Camila Meza sur Zamba de Argamonte. En grande complicité, les deux frères échangent sur Yarkan. Le saxophone baryton de Eden Bareket se fait lyrique sur une ligne de basse étoffée et attentive.
Les deux thèmes co-écrits par le contrebassiste et le pianiste mettent en évidence la grande connivence qui règne dans le groupe. « 33 » permet de saisir la maîtrise instrumentale de tous les solistes et l’entente fusionnelle du groupe. Sur un tempo proche d’un tango-bolero, le son du synthé Optigan démultiplie l’intensité de la lamentation de la guitare. Le tempo ternaire de Vienna donne le tournis et laisse une fois encore percevoir la grande osmose qui unit l’énergique quartet.
Carmo Caprice suspend le temps et inspire allégresse et joie spirituelle. La mélodie de la composition de Hamilton de Holanda résonne très bien sur les cordes de la contrebasse alors que piano et guitare jouent en fugue comme dans une suite de Bach. Un délice musical à écouter en boucle.
Tzafonah termine l’album avec une touche d’espérance soulignée par la voix de la chanteuse qui fait bon ménage avec guitare et synthé.
« 33 », le deuxième album du contrebassiste Or Bareket donne à entendre une musique où alternent des plages colorées et énergiques et d’autres plus introspectives chargées d’une lumineuse spiritualité. Un album réussi qui témoigne d’une maturité musicale peu commune.
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